Malaspina, le navigateur oublié (seconde partie)

Dans une première partie, nous avons évoqué les prémices du départ de l’expédition Malaspina. Parlons maintenant de la période la plus remarquable : l’expédition autour du monde, quatre ans après celle de Lapérouse

Une expédition inspirée par celle de Lapérouse (1789-1794)

Malaspina peint par José María Galván y Candela, conservé au Museo Naval de Madrid.

Nous avons vu comment Ambrosio O’Higgins qui avait reçu Lapérouse à Concepcion (Chili) a ensuite proposé une expédition du même type à Carlos III.

Les deux navires partent de Cadix en juillet 1789.

Une équipe de scientifiques en fait partie chargée de la cartographie, de l’étude des animaux, des végétaux, des minéraux et des observations astronomiques, accompagnée des indispensables dessinateurs.
On compte parmi eux des célébrités comme le professeur de peinture José del Pozo, les peintres José Guío et Fernando Brambila secondé par le dessinateur Juan Ravenet (lesquels les rejoignent à Acapulco en 1791), le botaniste franco-espagnol Luis Née, les naturalistes Antonio Pineda et Thaddäus Haenke.
Pour la première fois, l’Espagne, nation commerçante, préoccupée essentiellement à ramener des trésors de ses colonies, investit dans une mission scientifique. Le but consiste aussi à visiter les implantations étrangères liées à la collecte des fourrures dans les zones froides. Malaspina s’emploie également à faire escale dans les villes espagnoles d’Amérique, sans doute à des fins politiques, pour rendre compte de leur état à l’administration espagnole.
On peut trouver quelques ressemblances dans les parcours respectifs de Lapérouse et de Malaspina mais l’un des objectifs de ce dernier (visiter les villes espagnoles) l’a amené sur des chemins différents au Pacifique Sud.

Malaspina enchaine les escales : Iles Canaries, Montevideo, les Malouines, le Cap Horn. Après des arrêts dans les ports espagnols (Concepcion, Valparaiso, Callao, Lima, Acalpuco), Malaspina remonte jusqu’au Golfe d’Alaska ayant reçu l’ordre de tenter de découvrir le mythique passage du Nord-Ouest. Il se contente d’explorer la côte sud de l’Alaska, peu désireux de courir des risques, baptisant de quelques noms espagnols certains sites et persuadé que ce passage n’existe pas. Un important glacier porte le nom Malaspina.

Il s’arrête à Yukatat Bay reconnu par Lapérouse, mesure ensuite la hauteur du Mont Elie dans l’actuel Québec.
Il reconnait le Puget Sound, passe d’entrée très importante vers la baie de Vancouver non repérée par Lapérouse, passé trop au large. Malaspina peut ainsi compléter la cartographie hors des zones espagnoles.
Ensuite cap sur Manille, possession espagnole riche en épices. Puis voile au sud, la Nouvelle Zélande avec la cartographie de Doubtful Sound. Ensuite Port
Jackson (Sydney) puis escale à l’archipel de Vava’u aux Tonga. Ces iles avaient été découvertes par un autre espagnol Francisco Mourelle et La Pérouse y était passé aussi. Cap enfin sur Tacahano au Chili et retour à Cadix le 21 septembre 1794.

Expédition Lapérouse (1785-1788) au départ de Brest
Voyage de Malaspina (1789-1794) au départ de Cadix. On remarque de nombreuses escales dans les ports espagnols. On notera aussi l’escale à Monterey qui a reçu Lapérouse quelques années auparavant.

Un retour sans ovation

Malaspina est de retour à Cadix le 21 septembre 1794, après 4 ans et 10 mois de navigation. L’expédition, d’une exceptionnelle longueur (en temps et en trajet) est un succès. L’équipage revient presque au complet. Mais les idées de Malaspina sont trop humanistes. Cet homme imprégné des théories du siècle des Lumières revient dans une Espagne monarchique figée. Il professe des idées très libérales vis-à-vis des colonies espagnoles se faisant le chantre d’une plus grand autonomie.

Manuel Godoy (1767-1851)

En septembre 1795, Malaspina envoie ses écrits au gouvernement espagnol en tentant d’exercer une influence sur lui, ce qui lui vaut d’être accusé par Manuel Godoy, secrétaire d’Etat espagnol, de répandre les idées révolutionnaires. Une haine tenace l’amène à faire disparaitre certaines collections ramenées par Malaspina pour prouver qu’il n’avait rien fait d’autre qu’une tournée de propagande.
Est toutefois conservé à la Direction de l’Hydrographie du Ministère de la Marine, à Madrid, un Atlas qui est publié avec 34 cartes de navigation. Mais certaines observations astronomiques et une histoire naturelle sont perdues pour toujours. Une partie des collections concernant la botanique, a connu un meilleur destin : l’herbier de Luis Née a été donné au Jardin botanique royal de Madrid et de nombreuses espèces ont été décrites grâce à ces matériels par Antonio José Cavanilles qui en était alors le directeur.
Au terme d’une parodie de procès, Malaspina est envoyé en prison, au château San Antón de La Corogne pour dix ans.
Fin 1802, grâce aux pressions de Napoléon, il est enfin libéré et exilé en Italie à Pontremoli, en Etrurie, sa ville natale.

Une carrière en Italie

En 1804, il s’installe à Milan, capitale de la République italienne. En décembre de cette année, le gouvernement de la République le charge d’organiser la quarantaine entre la République et le royaume d’Étrurie à l’occasion d’une épidémie de fièvre jaune à Livourne. En 1805, il est nommé membre du Conseil d’État du Royaume napoléonien d’Italie. En décembre 1806, il s’installe à Florence, à la cour du royaume d’Étrurie.
Alessandro Malaspina meurt à Pontremoli en 1810.

Son œuvre enfin reconnue après un siècle d’oubli

La plus grande partie du travail de Malaspina reste inédite jusqu’en 1885, quand le capitaine de navire Pedro de Novo y Colson publie le Viaje político-científico alrededor del mundo de las corbetas Descubierta y Atrevida al mando de los capitanes de navío D. Alejandro Malaspina y D. José Bustamante y Guerra desde 1789 a 1794.


Anne Marie Guillot

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