Le moulin à vent embarqué

Les moulins à farine sont une innovation de l’ expédition Lapérouse, connus au point de devenir un symbole de la silhouette d’au moins un navire.
On sait par ailleurs que le capitaine de vaisseau de Langle était très inventif, notamment dans le domaine des instruments culinaires pour la santé des équipages, qu’on devait préserver dans une si longue campagne.

Le récit de voyage de Lapérouse en parle à deux occasions : après le départ des Îles Hawaii (Maui) vers l’Alaska, Lapérouse est préoccupé pour la santé des équipages avec la fraîcheur qui apparaît, route au nord. Il encourage diverses mesures de lutte contre l’humidité, fait ajouter secrètement du quinquina au rhum du grog, et parle du grain, embarqué en France et au Chili de préférence à la farine, pour des raisons de conservation .

On voit clairement un dessin de Duché de Vancy montrant l’arrière du seul navire de Langle avec des ailes de moulin, alors qu’il était au mouillage dans la Baie des Français.

Celui-ci est installé sur la dunette arrière, parce que c’est la partie du navire qui profite des allures portantes et du vent arrière.
C’est aussi un des rares endroits du pont dégagé, bien que le moulin doive cohabiter avec la voile d’artimon, et ses changements d’amures.
Placé immédiatement au-dessus de la grande chambre et de la cabine du Commandant il est possible que son bruit et son maniement par l’équipage à cet endroit ne soit guère apprécié de l’Etat-Major, ce qui expliquerait sa brève carrière.

Il semble avoir été utilisé pour la première fois sur “l’Astrolabe” de De Langle, qui l’a d’ailleurs débarqué à Monterey (Californie), ce qui est mentionné dans le récit du voyage de Lapérouse en ces termes :
« Les femmes ne sont guère chargées que du soin de leur ménage et de celui de leurs enfants, et de faire moudre et rôtir les grains : cette dernière opération est très pénible et très longue, parce qu’elles n’ont d’autre moyen pour y parvenir que d’écraser le grain sur une pierre avec un cylindre.
Mr. De Langle , témoin de cette opération, fit présent de son moulin aux missionnaires; il était difficile de leur rendre un plus grand service; quatre femmes font aujourd’hui le travail de cent
»

Maquette du moulin réalisé par l’ALAF pour la ville de Monterey et pour le musée de Sydney

Il est aussi possible que Mr de Langle souhaitait se débarrasser de son moulin, très visible sur les croquis de la Baie des Français en Alaska, pour réutiliser à sa place la meule à main.
Il n’y avait pas de moulin sur la “Boussole” de Lapérouse, probablement par ce que la demi-dunette rajoutée sur l’arrière ne permettait pas sa fixation, ou en raison du caractère expérimental de l’installation de l’“Astrolabe”.

L’idée du moulin a été reprise sur les deux navires de d’ Entrecasteaux, peut- être parce qu’ à cette époque révolutionnaire, chercher à alléger les corvées des matelots était une attitude indispensable.
Mais il n’y a pas eu de généralisation du système, bien que la voile soit restée le principal mode de propulsion pendant encore plus d’une centaine d’années.
Hélène Richard décrit dans son étude sur l’expédition de d’ Entrecasteaux le choix de cette accessoire
« Selon une idée de Fleuriot de Langle on voulait éviter à l’équipage la corvée de la mouture du blé emporté en grains, et on avait installé un moulin à vent sur chaque bâtiment ;
on a mis en place notre moulin, il est porté par deux traverses fixées sur 4 allonges au dessus de la dunette. Le moulin glisse sur une coulisse faite entre les deux allonges de manière qu’on puisse aisément changer de bord” ; on pouvait ainsi le disposer de façon à recevoir le plus de vent possible »

Le moulin de bateau est du type “tour”, c’est à dire que la tête orientable ( manœuvrée par l’intérieur, ou de l’extérieur) qui supporte les ailes et leur axe de rotation légèrement incliné vers le haut, est posée par l’intermédiaire d’un roulement ou d’une glissière circulaire, sur le cylindre vertical fixe du moulin qui contient la trémie, la meule, et le bac de récupération de farine.

Les dimensions approximatives de l’ensemble sont 2, 50 m. de hauteur de tour, surmontée d’une tête conique d’environ 0,75 m, avec 4 ailes de moulin, dont la paire a 2,50 m. de diamètre. Il n’y a pas dans le journal de Lapérouse de commentaire sur son efficacité, la force de vent minimale nécessaire, l’utilisation en mer et au mouillage sur rade. Ces détails se trouvaient probablement dans le journal perdu de De Langle, intéressé par toutes les nouveautés comme la “ cucurbite” pour distiller l’eau de mer ou la cuisinière anglaise perfectionnée. La bonne santé du marin était une condition indispensable du succès de l’expédition maritime.

Maquettes de bateaux Astrolabe-de-langle
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